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Présentation

Les premières années collège ? je me souviens. je suis un garçon à la fois curieux et enthousiaste et enfermé dans un mutisme.
Ce qu'il me souvient, c'est que j'ai une grande soif d'apprendre. Une soif intarissable et multivectorielle ! Universelle. Pathologique ? Coimpensatrice ? Certainement. Même connaitre jusqu'aux confins de l'univers ne m'aurait pas assouvi, je trouvais cela encore limité, il me fallait chercher plus loin. J'avais des choix d' autodidacte (comme mon père), pas conventionnel, il ne fallait pas que ce soit comme à l'école, mais plus vite qu'à l'école. Pour conquérir ma liberté. Un peu comme dans le roman de Marguerite Duras où l'on suit un personnage qui fait toute sa scolarité en passant le long des salles de classe, de l'extérieur (Pluie d'été). Dans cette perspective insondable, je me rappelle avoir dérobé des séries entières de (vieux) manuels scolaires qui trainaient là, pour "faire le point" en sciences naturelles, en histoire, en lettres, j'aimais même l'étude des objets en technologie, mais sans avoir de bons résultats. Le pied à coulisses ou la balance de Roberval n'avaient plus de secrets pour moi, même le langage des ensembles en mathématiques modernes me fascinait (mais pas les exercices) : l'ensemble des entiers naturels, des relatifs, des décimaux, des rationnels, des réels... On parlait de groupes commutatifs... ou de barycentres. J'aimais ce vocabulaire savant qui me rapprochait de l'idée que j'avais de la perfection, mais sans en comprendre le lien avec la réalité ou avec mes propres préoccupations. Les maths ne me "parlaient " pas. Pourtant, j'avais  l'impression que j'aurais pu rejoindre fantasmatiquement mon père dans ce domaine, il  aimait tant les exercices et les calculs. Pourquoi n'était-il pas près de moi pour m'aider ? Lui seul l'aurait pu. J'en suis certain ! Mais le destin l'avait décidé autrement. J'étais donc frustré de ne pas comprendre les maths, alors qu'à la maison, j''étais entouré par des dizaine de livres de mathématiques ayant appartenu à mon père ! Il avait aussi laissé des livres de physique, d'astronomie, des compas, des boussoles, des tables de calculs, des mines de crayons, des règles, des cartes du ciel, de la Lune, des cartes géographiques en relief qui me faisaient rêver.  Bref, l'outil mathématique devait sans doute être un vecteur pour voyager, aller loin, très loin. Et je ratais totalement ce tournant, ce voyage ! Comme j'avais raté mon père.
Je trouvais de toute façon que l'enseignement était limité, trop.  Je déplorais par exemple qu'on ne me parle pas de littérature étrangère, pourquoi nous limitait-on ?
Bref, j'avais un immense besoin de Savoir, persuadé que c'était là le secret de La vie, que je me représentais comme une marche vers la perfection culturelle et de l'esprit. J'avais besoin de logique aussi, mais je n'en percevais guère dans mes travaux, sauf à découvrir la  rigueur implacable de la langue allemande que j'ai aussitôt intégrée avec une facilité déconcertante pour mes copains...
Bref, je viens de décrire la facette lumineuse de mes 11, 12,  13 ans. Je me trouvais devant le "grand Livre du monde", comme disait  Descartes.



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